Pour ceux qui douteraient encore de la nécessité de revenir au surréalisme, et à la poésie, quelques extraits d'un texte que je découvre à l'instant... A faire circuler...
Appel d'air d'Annie Le Brun, paru initialement en 1988 et réédité en 2011:
"...d'avoir été et de rester le seul le seul projet d'envergure à compter avec l'imprescriptible inconvénient d'exister, le surréalisme n'a pas fini d'importer à tous ceux qui ne s'accomoderont jamais du monde comme il va. Je reste persuadée qu'ils sont plus nombreux qu'on voudrait nous le faire croire. Même si la plupart semblent préoccupés, pour l'heure, de gagner à un jeu social auquel, il y a encore peu, ils se faisaient honneur de perdre. (...) Car c'est lui (le rêveur définitif) qu'on travaille à liquider sourdement, avec ses encombrants bagages utopiques, son incorrigible innocence et son désir toujours à venir. (...)Du nouveau roman à la plus récente production romanesque dont on exalte le prosaïsme, on peut suivre les progrès de cette dernière ruse du réalisme: l'expression emboutie sur les contours du réel anéantit la possibilité même d'une interrogation jusqu'à nous faire croire que la réalité coïncide avec la vérité. Ce qui n'empêche nullement, dans le même temps, d'entendre affirmer sur tous les tons qu'il n'y a pas de vérité pour mieux nous convaincre qu'il n'y a pas de mensonge. Ou plus exactement pour nous persuader sans doute possible que seul est vrai ce qui est réel et que tout ce qui ne l'est pas est à suspecter."
J'y reviendrai...
samedi 19 janvier 2013
mardi 8 janvier 2013
Blues lausannois, suite
A l’attention de Madame Béatrice Métraux, Conseillère d’Etat,
Cheffe du Département de l’intérieur, Château cantonal, 1014 Lausanne
Madame,
Relativement à la décision de lever les oppositions
faites au projet de « Plate-forme Pôle muséal »,
je voudrais vous faire part des arguments suivants :
Sur l’architecture :
Vous dites avoir constaté que les principaux motifs de
refus du projet de Bellerive étaient le lieu, les coûts, et l’architecture. Le
lieu a donc changé, mais nous y reviendrons, de même que sur les coûts.
Toutefois, quels enseignements avez-vous tiré du dernier point ? Le projet
de Bellerive avait été clairement rejeté en raison de sa silhouette générale,
que nombre de vos électeurs comparaient à un bunker. En quoi votre nouveau
projet diffère-t-il du premier ? A nouveau, nous sommes face à une
construction simplement parallélépipédique, un volume simpliste, un autel dédié
à l’orthogonalisme le plus déprimant et le plus fade, bref, une triste façade lisse
de grisaille aseptisée. Quelles sont donc les raisons qui vous poussent à ne
pas tenir compte des critiques émises par un si grand nombre ?
Sur la destruction d’un monument historique :
Vous reconnaissez « la valeur patrimoniale non
négligeable » du dépôt de locomotives, mais vous la négligez tout de même !
En affirmant que « cependant il ne s’agit pas d’une condition absolue »,
le jury nous dit que « la prise en compte de l’implantation des halles qui
obstruent le site dans la relation Est/Ouest et le jugement de leur
inadaptation à l’accueil des espaces muséaux excluent donc leur conservation
matérielle. Les auteurs proposent alors de mettre en valeur quelques éléments
précis pour conserver l’héritage du passé sur le plan symbolique et émotionnel. »
Comprenons donc que, si l’on ne conserve que quelques pièces anecdotiques, que
l’on range dans un musée (et ceci a bien eu lieu pour le bâtiment de Francis
Isoz détruit récemment), l’honneur est sauf ! Tel est donc le message que
vous faites passer : Détruisez tout ce que vous voulez, pour autant que
vous conserviez ne serait-ce qu’une simple brique que l’on considérera comme un
témoin de l’esprit du lieu que vous avez violé, voire totalement rayé du
territoire ! L’argument d’un rappel symbolique quelconque vous tiendra
lieu de passe-droit ! Pire encore, vous considérez que « la
proposition cohérente et courageuse de ne conserver que des fragments des
halles ne peut s’apprécier qu’en regard de la qualité de l’espace public
proposé et de l’adéquation du volume simple et abstrait destiné au musée. »
Ainsi la destruction de monuments classés est-elle assimilée à du courage, pour
autant qu’elle conserve un fragment, aussi infime soit-il, de ce qui a été
détruit ! Comment osez-vous assimiler votre politique de démolition
programmée à du courage ?
« Le jury a acquis la conviction que la mise en
valeur de l’esprit du lieu était plus importante qu’une stricte préservation du
patrimoine lié à la halle de 1911 » : Voici balayés d’une phrase tous
les recensements et classements architecturaux possibles ! Au point où
nous en sommes, rasons la cathédrale, qui ne sert plus guère, pour n’en
conserver qu’une gargouille et une croix à déposer au Musée historique ! L’argument
pourrait sembler simpliste et populiste, mais je sais de source sûre que
certains personnages haut placés dans la conservation dite officielle des
monuments ne sont pas loin de vouloir défendre de tels crimes !
Pour terminer, citons ce passage de votre argumentaire
relatif au choix du site :
« Le site de la Riponne présente d’évidentes
qualités qui ressortent en particulier du rapport du Groupe cantonal d’évaluation
des sites. Mais ce rapport – qui classe en deuxième position le site de la gare
– n’a la portée que d’un préavis, le
choix final appartenant au Conseil d’Etat. »
Peu importe l’évidence donc ! Peu importe quelque
rapport que ce soit, du moment que le Conseil d’Etat peut les balayer d’un
revers de la main !!
J’espère obtenir des réponses.
dimanche 6 janvier 2013
Manifeste bleu, une fois encore..
Je me répète, mais tant que nos autorités ne nous répondront pas, je réitère:
MANIFESTE
BLEU
(De
l’urbanisme à Lausanne)
Contre
l’hygiénisme et la rationalité puants hérités de l’esprit protestant, mesquin
et punitif du Corbusier.
Contre la
pensée en série et l’uniformité stériles.
Contre
l’asepsie généralisée.
Contre
l’ascétisme esthétique et économique.
Contre
l’utile et le fonctionnel.
Contre
les démolitions abusives.
Contre la
densification à outrance.
***
Nous
exigeons de replacer au pouvoir la folie et l’imagination créatrices dont
dépend notre survie.
Place au
tumulte, aux volutes, aux arabesques, aux couleurs, aux courbes et aux
excroissances !
Que les
agencements des désirs humains phagocytent les obsessions rationnelles des
architectes mercenaires de l’immobilier capitaliste,
Pour
qu’enfin la réalité s’ajuste aux fantasmes !
Pour un
nouveau Surréalisme...
BLUES LAUSANNOIS...
Lettre ouverte aux autorités lausannoises et
cantonales, décideurs du projet « Plate-forme Pôle muséal »
Jusqu’au 24 septembre 2012
était mis à l’enquête le plan d’affectation cantonal de la « Plate-forme
Pôle muséal ». Les oppositions ont éte balayées en un temps record, sans
dialogue ou tentative de conciliation aucune, dans un parfait exercice de
pouvoir autocratique.
Dès que ce projet fut
présenté, on érigea, comme depuis trop souvent à Lausanne,, le minimalisme en
dogme de la pensée architecturale et urbanistique. Dans un éditorial du
24Heures, le rédacteur en chef Thierry Meyer évoquait dans ce choix une
« intelligence [...] bien vaudoise, [...] d’une rationalité élégante,
d’une audace qui préfère la simplicité à l’esbroufe. » Mais qu’était-ce
donc que cette intelligence vaudoise, qui se réfugie dans le pur rationnel, le
lisse, le soigné, le conforme, et qui apparemment n’ose plus flirter avec
l’exubérance, la fantaisie et le rêve, ne nous offrant plus que surfaces
stériles, volumes simplistes, autels voués à l’orthogonalisme (corollaire de la
pensée droite) le plus déprimant et
le plus fade ? Etait-ce donc là toute « l’audace »
vaudoise ? Qui ne propose plus au citoyen que de déprimantes infographies
grises et cubiques (ou parallélépipédiques) en guise de visions d’avenir ?
Le précédent projet de musée à Bellerive
avait pourtant clairement été rejeté, entre autres, pour son aspect bunker
et boîte à chaussures...
De gustibus et coloribus non disputandum me répondra-t-on, encore
et toujours... Toutefois, en une
attitude pathologiquement psychorigide, et, peut-être, par un souci de gloriole
testimoniale, nos autorités s’obstinent.
Passons au rapport au passé.
Le projet retenu par notre audacieuse élite dirigeante oublie avec une légèreté
inqualifiable que le cahier des charges stipulait que la halle aux locomotives
devait être préservée autant que possible. Mais qu’importe la plus petite
considération pour le moindre héritage architectural face au credo tristement
utilitariste de la densification à outrance qui gangrène peu à peu tout Lausanne ?
Car tout bâtiment, à moins d’avoir la chance d’être surclassé et surprotégé,
n’est plus envisagé avec condescendance que comme un « témoin sympathique
du patrimoine régional », dont on se débarrasse allégrement et sans la
moindre compassion. Pour preuve le bâtiment de Francis Isoz, anciennement rue
de la Gare 39, que nos autorités ont lamentablement livré aux pelleteuses de
l’empire Edipresse, qui désirait depuis longtemps se débarrasser d’un témoignage
de l’architecture du début du 20ème siècle qui ne s’accordait plus
avec ses visions d’avenir. Lausanne a clairement amorcé une politique ouverte de démolition. J’en
veux pour autre preuve la prochaine destruction programmée du Lausanne
Guesthouse, abandonné à la politique d’expansion de la gare CFF, qui certes
souffre d’engorgement et d’une explosion démographique qu’il serait peut-être
bon de cesser d’encourager (mais ceci est un autre débat), et prétend que la
seule solution à cette inévitable expansion est de raser nombre d’immeubles
admirables du siècle passé. Les architectes-démolisseurs nous disent leur
« obsession de l’intégration à la ville ». J’attends encore que l’on
m’explique en quoi leurs surfaces stériles s’intègrent, ou même s’accordent,
avec leur environnement bâti (à moins bien sûr que la négation de toutes les
caractéristiques architecturales qui les entourent ne soit une nouvelle
définition de l’intégration... Elle
semble en tout cas une définition de l’urbanisme contemporain à Lausanne :
son architecture est un manifeste nihiliste
du vide et de la platitude absolue, une négation de tout héritage architectural
et patrimonial).
De plus, quelle est la
logique urbanistique qui amène à concentrer à la gare les principaux musées
lausannois ? Alors que touristes et amateurs d’art pourraient visiter ces
musées en parcourant tout Lausanne (tout d’abord l’Elysée, puis Rumine en son
centre, et enfin le MUDAC qui les amènerait à parcourir la vieille ville),
participant ainsi pleinement et véritablement au dynamisme voulu par les autorités, on les concentre et les confine
autour de la gare.
Enfin, ce pseudo concept
de « Projet plate-forme pôle muséal » fait méchamment penser à un
genre de centre commercial de la culture, où tout est à portée de main, à
proximité de la gare, qui elle aussi vise au commercial avant tout. Et on sait depuis la reconfiguration du
Flon que nos autorités apprécient, et pire encore, vantent le fait que
« le cœur de Lausanne tend à devenir un grand centre commercial à ciel
ouvert ». Perspective hautement réjouissante, donc....
Je finirai par demander à
nos autorités, alors que, par exemple, Monsieur Michel Thévoz, ancien
conservateur du Musée de l’Art brut et professeur d’histoire de l’art à
l’université de Lausanne, avait démontré que le Palais de Rumine est, et
pourrait rester, le lieu idéal du Musée cantonal des Beaux-Arts (et nous sommes
nombreux à l’appuyer en ce sens), pourquoi elles ont sciemment ignoré et passé
outre ses excellentes compétences en muséologie, et pourquoi elles s’obstinent à vouloir créer un nouveau musée, alors que
celui-ci existe déjà, et pourrait être amélioré et sublimé à moindres frais ?
Richard
Tanniger
Lausanne,
janvier 2013
samedi 1 décembre 2012
JO 2022
Dans le 24heures du 27
novembre 2012, Monsieur Jörg Schild, président de Swiss Olympic, s’insurge
contre le fait que les critiques faites à la candidature de la Suisse pour les
Jeux Olympiques de 2022 « portent sur des questions d’argent et de béton
et jamais sur des sujets de fond ».
Prenons-en acte, et passons
outre au fait que ce Monsieur évoque plus d’une fois la nécessité d’augmenter
le montant attribué au sport par la loterie et l’Office fédéral du sport, et
qu’il se plaigne de moins recevoir d’argent que la culture et le social. Ne
suivons pas son exemple donc, et ne parlons pas d’argent.
Ne parlons pas de béton
non plus, puisqu’il nous le demande, encore que je discerne mal en quoi cette
question ne relèverait pas d’un sujet de fond, mais bon...
Parlons de sport donc,
et uniquement[1].
Il est évident que
celui-ci a sa place dans notre monde lorsqu’il désigne l’exercice physique, tant
que celui-ci permet l’épanouissement des corps et le développement harmonieux de
l’être humain dans sa totalité : Mens
sana in corpore sano...
Toutefois nous parlons
ici des Jeux Olympiques contemporains.
Ces jeux dont la charte
officielle nous parle de joie dans l’effort, de bon exemple, de compréhension
mutuelle, d’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play... Toutes choses qui
volent allégrement en éclat lorsque l’on se penche, par exemple, sur ce qui se
passe sur, et autour d’un terrain de foot, où se re-jouent alors de façon
microcosmique toutes les haines, toutes les médiocrités et les infamies de l’humanité.
Ces jeux qui prônent l’esprit de compétition en voulant nous faire croire que
celui-ci est possible dans le respect de l’adversaire. Ces jeux qui osent
encore nous dire que l’esprit olympique peut aider à la paix dans le monde et à
l’édification d’un monde meilleur ! Très joli idéal, qu’un bisounours
pourrait vanter sur un terrain de basket imaginaire, ou qu’à l’inverse des
propriétaires sans scrupules de clubs sportifs d’envergure internationale
invoquent de façon totalement hypocrite, mais dont je me demande quelle
personne sensée il peut encore tromper.
Car nous parlons ici de
sport-spectacle, et de tout ce qu’il
implique. A ce sujet, la lecture d’un ouvrage, récemment paru, de Robert Redeker,
intitulé L’emprise sportive[2], peut se révéler éclairante, voire
édifiante
La thèse principale de
cet ouvrage est la suivante : contrairement à ce souvent l’on veut nous
faire croire, à savoir que le sport serait un simple exutoire ou une pratique
cathartique, « il n’est pas un reflet – selon la croyance d’une plate et
paresseuse sociologie, le football refléterait la société, pour le meilleur et
pour le pire – mais l’inverse : le sport structure la société, la modèle,
la contraint à lui ressembler. » Il s’avère en fait que le sport nous
impose, à tort ou à raison, l’idée que la compétition est la première condition
du progrès, et que toute existence doit se mesurer à l’aune de la performance
et de l’évaluation chiffrée. Son idéologie est d’autant plus insidieuse qu’elle
est rarement explicitement exprimée, sauf peut-être dans la perverse devise
olympique (plus vite, plus haut, plus fort), devenue l’hymne de l’homme moderne.
On ferait bien de s’interroger sur les dommages collatéraux et les ravages
psycho-sociaux d’une telle devise...
Et que les instances
dirigeantes ne s’y trompent pas. Qu’elles ne croient pas mettre le sport au
service de leur Cité, car ce sport « est tout autre chose qu’un outil ou
qu’un moyen qui ne modifierait pas qui compte s’en servir ; il est un
système total, une machinerie planétaire qui transforme profondément aussi bien
les hommes que le rapport des hommes au monde. [...] Il ne peut en aucun cas
être repris comme instrument de libération sociale. Le sport n’est pas
ambigu : il est le catéchisme hard
du capitalisme, de la guerre de chacun contre chacun et de la loi du plus
fort. » N’apportant aucun message d’espoir, voué au culte de l’homme-loup,
de l’homme gagnant, conformiste et consommateur.
Est-ce ce culte auquel
Monsieur Jörg Schild veut que les Suisses se vouent ? Selon lui, « il
est important que notre pays se rassemble autour d’un projet d’envergure et
redore [son] blason ». Que la Suisse redore son blason, très bien !
Mais pas aux couleurs des grandes marques qui sponsorisent les Jeux, ni en
faisant serment d’allégeance aux valeurs perverses de l’Olympisme
contemporain !
Car il y va de la
survie de tout ce qui résiste au sport-spectacle, et la poésie avant tout.
Hölderlin disait que l’homme habite en poète sur cette Terre. Il me
chagrinerait qu’il n’y habitât plus qu’en supporter sportif...
Décembre 2012
[1] Je reprends ici des arguments déjà
exposés dans un billet daté de juillet 2012 et consacré au projet Métamorphose à Lausanne.
[2] Robert Redeker, L’emprise sportive, François Bourin Editeur, Paris, 2012
mardi 20 novembre 2012
En réponse à un article paru dans Le Temps sur le nouveau projet du parlement.....
Votre article a le mérite de maintenir le débat à un niveau
auquel il n’a sans doute pas eu assez droit ces dernières semaines dans la
presse, et ailleurs. Il précipite néanmoins en moi quelques réflexions qu’il me
plairait de vous faire partager. Car l’indignation que les nouvelles images du
toit du parlement suscitent en vous répond certainement à celle suscitée chez
d’autres par le projet initial.
Je fais sans nul doute partie de ces « autoproclamés
défenseurs du patrimoine » auxquels vous faites allusion (mais faut-il
donc être proclamé tel par une instance extérieure pour acquérir une
légitimité, quelle qu’elle soit ?), mais me suis toujours inscrit en faux
avec les opposants au sujet de l’asymétrie du bâtiment. Celle-ci bien au
contraire, me plaisait tout particulièrement, à moi qui fustige plus qu’à mon
tour la dictature de l’orthogonalité absolue et déprimante qui s’impose trop
souvent dans les projets actuels ! Sans véritablement critiquer le projet Rosebud en lui-même, c’était bien son
incongruité dans un quartier historique qui me dérangeait. Et ceci s’explique
bien sûr par la solution que j’ai d’emblée défendue de reconstruire à
l’identique un monument classé historique hélas dévoré par les flammes et qu’il
me semblait évident de faire renaître, fût-ce dans un acte phénixologique...
A l’asymétrie lui préférer l’ère classique ou néoclassique ne me
semble du moins pas une atteinte à la mémoire de Perregaux, bien au contraire.
Par ailleurs, le retour à la tuile vaudoise peut peut-être
chagriner certains. Le choix, à l’autre extrême, de l’inox étamé était-il pour
autant meilleure option ? Le cuivre par exemple, bien plus fréquent dans
ce quartier, eût peut-être été préférable, et s’y serait mieux intégré.
Et votre désir de renoncer au nouveau projet plutôt que
d’accepter de telles modifications se comprend aisément, de même que certains
opposants voudraient continuer d’empêcher toute construction moderne de
s’ériger dans la vieille ville. Nous devrons sans doute ici nous rejoindre dans
une compromission qui, même si elle déplaît dans une certaine mesure à toutes
les parties, permettra au Grand Conseil de siéger à nouveau à la Cité dans un
délai raisonnable et décent.
Pour terminer, je voudrais relever qu’en affirmant qu’ « un
parlement contraint de se camoufler n’est pas un très bon signe pour la santé
de la démocratie », vous oubliez le fait que c’est justement la démocratie
qui, à tort ou à raison, a permis le débat, le référendum et l’évolution du
projet.
Ces quelques lignes donc pour entamer avec vous, si le cœur vous
en dit, un dialogue sans doute enrichissant et instructif.
Bien à vous,
Richard Tanniger
mardi 13 novembre 2012
Nouveau Parlement, suite et fin ( ?)
Une version modifiée du
décrié projet Rosebud nous a été
présentée aujourd’hui.
Que dire ? Il
serait possible de continuer de s’y opposer pour tenter d’obtenir une
reconstruction à l’identique du bâtiment détruit par les flammes.
Reconstruction que je considère toujours comme ayant pu avoir été la meilleure
solution, la plus respectueuse et la plus élégante de toutes. Mais la forme
verbale que je viens d’employer est suffisamment éloquente. Nous savons que
cette reconstruction ne se fera jamais, car a été lamentablement enterrée à
mesure qu’on laissait croupir les restes intouchés par l’incendie du bâtiment
Perregaux.
Dès lors, il convient
de prendre acte de la situation actuelle. Le projet remanié a l’immense
avantage d’avouer au peuple que certaines modifications, que jusqu’à l’acceptation
du référendum on nous certifiait être impossibles, l’étaient finalement !
Faute avouée... Même si le projet remanié s’en retrouve appauvri, notamment sur
le plan énergétique (mais bon, les standards Minergie et cie, purement et
exclusivement technicistes doivent-ils aveuglement s’appliquer dans un quartier
historique ? Je ne le pense pas, et n’ai aucun regret de ce point de vue-là !!),
il a le mérite de proposer une solution (pensons surtout au changement de l’inox
pour des tuiles) qui ne dénaturera pas, trop, le quartier, et tente, plus ou
moins, honnêtement de résoudre le conflit. Ainsi les opposants ont-ils réussi à
empêcher des dérives qui eussent été fort malvenues dans un quartier historique,
et les initiants à défendre tout de même un projet de construction moderne. Il
sera sans doute sage de s’en accommoder et de s’en tenir à ces acquis, malgré
les regrets que chacun, et j’en suis le premier, en garderont.
Peut-être que je m’incline
trop facilement devant le compromis, je ne sais : je ne suis sans doute pas
Suisse et Vaudois pour rien... !
Ainsi donc : ils
ont laissé pourrir ces ruines durant trop longtemps (à ce sujet il faudrait
peut-être encore présenter des excuses en bonne et due forme), ils ont tenté d’imposer
un projet inadéquat et incongru, mais ont pris acte de l’ouragan de critiques que celui-ci
a provoqué, et proposent maintenant un compromis, que d’aucuns qualifieront sans
doute de fade et un peu trop vaudois, mais qui a le mérite de pouvoir mettre
fin à une querelle légitime et, enfin, de permettre au Grand Conseil de siéger
à nouveau au cœur de la Cité.
Car même s’il me
chagrine méchamment que nos élus aient tristement décidé de ne pas reconstruire
ce bâtiment, il me chagrinerait, presque autant, qu’ils se voient forcés de
laisser encore pendant une dizaine d’années des ruines pourrissantes au cœur de
la Cité...
Lausanne, le 13
novembre 2012
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mardi 11 septembre 2012
Blues lausannois... Lettre ouverte aux autorités...
Lettre ouverte aux autorités lausannoises et
cantonales, décideurs du projet « Plate-forme Pôle muséal »
Jusqu’au 24
septembre 2012 est mis à l’enquête le plan d’affectation cantonal de la
« Plate-forme Pôle muséal ».
Dès que ce
projet fut présenté, on érigea, à nouveau, le minimalisme en dogme de la pensée
architecturale et urbaniste lausannoise. Dans un éditorial du 24Heures, le
rédacteur en chef Thierry Meyer évoquait dans ce choix une « intelligence
[...] bien vaudoise, [...] d’une rationalité élégante, d’une audace qui préfère
la simplicité à l’esbroufe. » Mais qu’est-ce donc que cette intelligence
vaudoise, qui se réfugie dans le pur rationnel, le lisse, le soigné, le
conforme, et qui apparemment n’ose plus flirter avec l’exubérance, la fantaisie
et le rêve, ne nous offrant plus que surfaces stériles, volumes simplistes,
autels voués à l’orthogonalisme (corollaire de la pensée droite) le plus déprimant et le plus fade ? Est-ce donc là
toute « l’audace » vaudoise ? Qui ne propose plus au citoyen que
de déprimantes infographies grises et cubiques (ou parallélépipédiques) en
guise de visions d’avenir ?
Le
précédent projet de musée à Bellerive avait pourtant clairement été rejeté,
entre autres, pour son aspect bunker et cercueil à chaussures... Mais De gustibus et coloribus non disputandum
me répondra-t-on, encore et toujours... Toutefois, en une attitude
pathologiquement psychorigide, et, peut-être, par un souci de gloriole
testimoniale, nos autorités s’obstinent.
Parlons du
rapport au passé alors. Le projet retenu par l’audacieuse élite dirigeante
vaudoise oublie que le cahier des charges stipulait que la halle aux
locomotives devait être préservée autant que possible. Mais qu’importe la plus
petite considération pour le moindre héritage architectural face au credo
bassement utilitariste de la densification à outrance qui gangrène peu à peu
tout Lausanne ? Car tout bâtiment, à moins d’avoir la chance d’être
surclassé et surprotégé, n’est plus envisagé avec condescendance que comme un
« témoin sympathique du patrimoine régional », dont on se débarrasse
allégrement et sans la moindre compassion. Pour preuve le bâtiment de Francis
Isoz, anciennement rue de la Gare 39 que nos autorités ont livré aux
pelleteuses de l’empire Edipresse, qui désirait depuis longtemps se débarrasser
d’un témoignage de l’héritage architectural du début du 20ème siècle
qui ne s’accordait plus avec ses visions d’avenir. Lausanne a clairement amorcé
une politique ouverte de démolition. J’en veux pour autre preuve la prochaine
démolition du Lausanne Guesthouse, abandonné à la politique d’expansion de la
gare CFF, qui certes souffre d’engorgement et d’une explosion démographique
qu’il serait peut-être bon de cesser d’encourager (mais ceci est un autre
débat), et prétend que la seule solution à sa nécessaire expansion est de
détruire et démolir nombre d’immeubles admirables du siècle passé. Les
architectes-démolisseurs nous disent leur « obsession de l’intégration à
la ville ». J’attends encore que l’on m’explique en quoi leurs surfaces
stériles s’intègrent, ou même s’accordent avec leur environnement bâti (à moins
bien sûr que la négation de toutes les caractéristiques architecturales qui les
entourent ne soit une nouvelle définition de l’intégration... Elle semble en tout
cas une définition de l’urbanisme contemporain à Lausanne : son
architecture est un manifeste du vide
et de la platitude absolue, une négation de tout héritage architectural et
patrimonial).
Dès lors,
quelle est la logique urbanistique qui amène à concentrer à la gare les
principaux musées lausannois ? Alors que visiteurs et touristes pourraient
visiter ces musées en parcourant tout Lausanne (tout d’abord l’Elysée, puis
Rumine en son centre, et enfin le MUDAC qui les amènerait à parcourir la vieille
ville), participant ainsi pleinement et véritablement au dynamisme voulu par les autorités, on les concentre et les confine
autour de la gare.
De plus, ce
pseudo concept de « Projet plate-forme pôle muséal » fait méchamment
penser à un genre de centre commercial de la culture, où tout est à portée de
main, à proximité de la gare, qui elle aussi vise au commercial avant tout. Et
on sait depuis la reconfiguration du Flon que nos autorités apprécient, et pire
encore, vantent le fait que « le cœur de Lausanne tend à devenir un grand centre
commercial à ciel ouvert[1] ».
Perspective hautement réjouissante, donc....
Je finirai
par demander à nos autorités, alors que Monsieur Michel Thévoz, ancien
conservateur du Musée de l’Art brut et professeur d’histoire de l’art à
l’université de Lausanne, avait démontré que le Palais de Rumine est, et
pourrait rester, le lieu idéal du Musée cantonal des Beaux-Arts (et nous sommes
nombreux à l’appuyer en ce sens), pourquoi elles ont sciemment ignoré et passé
outre ses excellentes compétences en muséologie, et pourquoi elles s’obstinent
à vouloir créer un nouveau musée quand celui-ci existe déjà ?
Richard
Tanniger
Lausanne,
septembre 2012
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