Trois commentaires sommaires, en passant, à propos de trois
remarques de Monsieur Brélaz parues dans
Lausanne Cité...
« A l'opposé, il y a une sorte de tutti frutti, un mélange
de peur face à l'évolution esthétique de Lausanne et, plus
généralement, d'une ville qui se développe. » « C'est
une réalité humaine, une sorte de réflexe conservateur : on
s'oppose par peur du futur» :
Non, ce n'est pas parce que
certains s'opposent à une vision particulière, parmi d'autres
possibles, de l'avenir, qu'ils ont peur du futur en général. Ce
n'est pas parce qu'ils s'opposent à la conception que se fait
Monsieur Brélaz du développement de Lausanne qu'ils sont opposés à
toute forme de développement. Et ce n'est pas parce qu'ils
s'opposent à l'esthétique particulière d'un certain mouvement
architectural moderne qu'ils s'opposent à toute évolution
esthétique !
« Effectivement, en trois camps. Celui qui comprend ce que
j'appelerais les anti-développement primaires de Lausanne, une
poignée de gens, le camp de ceux qui considèrent que cette tour
s'inscrit parfaitement dans la ligne de développement de la ville et
que ce projet ne pose pas de problèmes particuliers, et un camp qui
a finalement estimé qu'il y avait plus d'arguments contre que pour
et qui, au final, s'y oppose essentiellement pour des questions
esthétiques» :
Passons outre la condescendance habituelle de
Monsieur Brélaz face à ceux qui ont l'outrecuidance de ne pas être
de son avis... Beaucoup plus triste me semble l'attitude qui consiste
à considérer l'argument esthétique comme mineur, voire
insignifiant (nombre d'opposants à la tour ont d'ailleurs également
de grandes réticences à l'invoquer, et à raison, vu la façon dont
cet argument est trop souvent considéré) :
Non, le style et
l'esthétique d'un projet ne relèvent pas uniquement de goûts
subjectifs ; l'esthétique ne se résume pas à « c'est
joli ou c'est pas joli ». L'esthétique relève presque
toujours d'une symbolique forte, elle est intimement liée à une
certaine vision du monde, à une certaine conception de l'homme dans
son environnement, naturel ou bâti, elle relève également très
souvent d'une certaine idéologie ; bref, elle est loin d'être
insignifiante et mérite d'être appréciée à sa juste valeur.
« Mais l'expérience montre que les objets contestés, dès
qu'ils ont été construits, ont très rapidement suscité l'adhésion
de tous parce que peu à peu ils ont fait partie du paysage» :
Jolie justification de la politique du fait accompli... Construisons
donc finalement tout et n'importe quoi, à n'importe quel endroit,
peu nous importe, car finalement, dès lors que ce sera là, les gens
s'y habitueront, et peut-être même en feront-ils l'éloge.